Drive

À Los Angeles, un jeune mécanicien taciturne effectue à l’occasion des cascades pour le cinéma et des convoyages pour la pègre. Venant d’emménager, il fait la connaissance de sa voisine Irene, dont le mari est en prison, et de son petit garçon Benicio.

Adapté du roman de James Sallis, l’atout majeur de ce film atypique est le personnage principal interprété par un Ryan Gosling plus charismatique que jamais. Ce héros anonyme ( appelé boy « le garçon » ou le driver) semble venir d’un autre monde. Par amour pour la jolie Irene (Carey Mulligan), il est prêt à tout sacrifier y compris sa vie. Il tire principalement sa force de sa manière de communiquer. Parlant très peu, il s’exprime et s’impose grâce à sa gestuelle corporelle. Dans son jean bleu, sa veste griffée d’un scorpion doré et ses gants en cuir, il semble être deux personnes différentes le jour et la nuit. La journée, il est un cascadeur talentueux et un garagiste doué. La nuit, il semble enfin vivre lorsqu’il prend le volant pour permettre à des gangsters de prendre la fuite. Au volant, son assurance et son intelligence le rendent irrésistible. Pour aider Irene, il devient un ange exterminateur au grand cœur. Son amour et son humanité ne semblent alors n’avoir aucune limite. D’ailleurs, il n’éprouve aucune jalousie lorsque Irene retrouve son mari à sa sortie de prison. Au contraire, menacé par des gangsters, il va tout faire pour l’aider. Notons que lorsque le braquage, qui se révèle finalement être un coup monté, tourne mal, il sort finalement de sa voiture pour aider son ami à terre touché par une balle. Cet élément est intéressant parce que cela ne correspond pas au code de conduite du garçon. En effet, il répète souvent qu’il n’est là que pour cinq minutes et qu’il se contente de conduire.

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La nuit, au volant de sa voiture, il brûle son énergie. Griffé d’un scorpion dans le dos, il est intéressant de s’intéresser à la symbolique de cet insecte. Dans la constellation du scorpion, le scorpion est combatif, passionné et mystérieux. Dans la mythologie égyptienne, Selkis est représentée par un scorpion. Elle a un rôle protecteur. Enfin, le symbole du scorpion est souvent utilisé dans l’armée pour symboliser des stratégies de combat. Le garçon fait cavalier seul dans son combat. Dans un sens, il rappelle Travis Bickle de Taxi Driver de Martin Scorsese de par son activité (conduire) et sa mission de sauver une femme représentant l’innocence.

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Les figures féminines sont elles aussi conformes à des types bien reconnaissables, se ramenant à la dichotomie sexiste indémodable des mamans et des putains : les amantes de cœur que l’on épouse d’un côté, et les poupées sexys avec qui l’on couche de l’autre. Irene (Carey Mulligan) évoque la femme du western, qui attend au foyer que son cow-boy revienne, et Blanche (Christina Hendricks) est une sorte de version vulgaire de la femme fatale du film noir des années 50.

En soit, Le réalisateur utilise les codes de nos sociétés afin d’en extraire les plus bas instinct de façon extrême. L’histoire des femmes a déjà parcouru un long chemin.  Il y a une 30 ans, Gerda Lerner écrivait que « le trait saillant de l’historiographie des femmes est que les historiens négligent en général de s’intéresser à ce sujet ». Le savoir historique, loin d’avoir été « objectif » ou « universel », a longtemps reposé sur l’expérience masculine. L’homme en constituait le centre et était la mesure de tous les faits humains, ce qui excluait de fait la moitié de l’humanité. Au cours des vingt dernières années, la situation a beaucoup changé. Les femmes sont maintenant au cœur d’un nombre considérable, et sans cesse croissant, de publications qui les ont rendues visibles. Elles y sont placées au centre, et leurs activités, leurs devoirs et leurs aspirations ont été reconsidérés au gré de changements sociaux, politiques et culturels, dans la perspective d’une amélioration de leur condition et, plus généralement, d’une évolution qui leur octroie davantage de liberté et de justice. Pour être plus précis encore, en faisant des femmes un sujet d’étude, on a rendu historiquement visible leur sujétion. On a également mis au jour leur subjectivité – parce que les femmes ne sont pas seulement des victimes et qu’elles façonnent activement leur propre destin, ainsi que la société et l’histoire.

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Le film emprunte d’ailleurs un grand nombre de ses thèmes aux deux grands genres masculins du cinéma hollywoodien classique : le film noir et le western. Le premier, la figure du détour : un homme travaillant pour son propre compte se trouve entraîné, à cause d’une femme, dans une spirale infernale de laquelle il ne sortira pas indemne. Chaque acte qu’il accomplit en entraîne un autre, et cet enchaînement de conséquences qu’il ne maîtrise pas l’éloigne progressivement de son but.

Au second, le personnage du cow-boy solitaire et silencieux, le cure-dent dans la bouche, chevauchant virilement sa monture. La fin du film fait clairement référence au genre : il part, seul au volant de sa voiture lorsque vient le soir, laissant derrière lui la femme qu’il aime car son destin est de tracer la route sans jamais pouvoir se fixer

Le mutisme du personnage pourrait représenter une attitude très XXIe siècle de retrait du monde, un refus de la contamination du mal que subissaient les héros, policiers ou criminels d’occasion, du XXe.

Drive aborde aussi le thème de la famille et plus précisément, le père comme symbole de l’effondrement.

L’effondrement c’est d’abord celui du patriarcat. La cellule familiale dominée par le patriarche se désanctuarise a partir de la 2eme moitie du 20ème siècle. Dans Drive et dans de nombreux film (Interstellar, , les pères sont singulièrement absents, ce sont les mères ( voir les soeurs) qui gèrent la maisonnée ou le foyer décomposé. Lorsque les pères sont présents ils sont diminués (Drive) ou dépassés par la nouvelle génération et créent un conflit générationnel père-fils qui peut aller jusqu’à la rupture (Tree of life).

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La première demi-heure de Drive présente ce fragile équilibre entre scène de conduite spectaculaire et le maniérisme des couloirs à la Wong Kar-wai, lors de la première rencontre avec Irene. Car le refus du monde s’accompagne aussi d’un retrait des valeurs aussi simple que l’amour et la famille.La vision d’Irène brusquement surgie dans la même allée du supermarché est un coup du sort tragique comme l’est la halte loin du monde dans un réservoir d’eau orné de détritus, sorti du Chinatown de Polanski : le naïf plaisir d’une vie de famille est hors de portée.

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C’est ce que vient prouver la suite dans une ultra violence à la Scorsese : menace de la balle enfoncée au marteau dans le front, massacre du garde du corps après le baiser volé à Irène dans l’ascenseur. Le driver n’en est pas plus affecté que cela car il sait déjà que, pour lui, tout est perdu. C’est ce que finira par comprendre mais bien tard son ami Shannon. Le héros solitaire, au blouson de scorpion, repartira solitaire pour préserver la femme qu’il aime. Los Angeles a beau être magnifique, il n’est décidément pas facile de vivre et d’aimer au XXIe siècle.

 

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2 réflexions sur “Drive

  1. Miette dit :

    J’ai tellement adoré ce film ! Et je l’adore toujours autant.
    (j’ai même acheté le DVD, S’IL VOUS PLAIT)
    Antoine ne l’a toujours pas regardé… Scrogneugneu. Faut que je lui dise de le faire. Haha !

    J’ai vu qu’un film allait sortir, réalisé par CE réalisateur. J’ai hâte de le voir !

    J'aime

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