La vision du journaliste au cinéma

Analyse de la critique de la vérité, du pouvoir et de l’opposition médiatique a travers les œuvres cinématographiques de 1941 a 2015

Introduction :

« C’est ça la presse, baby… La presse ! Et il n’y a rien à faire contre ça. Absolument rien ! » Ces mots provenant  de la bouche d’Humphrey Bogart à la toute fin de « Bas les Masques » (réalise par Richard Brooks et sorti en 1952) dans son rôle de directeur d’un journal américain, qui annonce au téléphone, l’incrimination de Thomas Rienzi, le roi des truands. Cette phrase d’une œuvre malgré tout ancienne pour les générations d’aujourd’hui habitué ,renvoie à la vision du journalisme au cinéma.

Des la naissance du cinéma, la relation entre journaliste et le 7eme art existe. « L’affaire Dreyfus » de George Méliès en 1899, déjà, mettait en scène une bagarre de journalistes pro-Dreyfus et anti-Dreyfus. Une façon de représenter ce que l’on appelle le débat démocratique qui était présent à l’époque. Malgré cela, c’est à l’avènement du cinéma parlant qui lança le genre.

Depuis l’arrivée du cinéma parlant, les « news Paper films » (les films de journalisme), ont toujours eu un public. Le journaliste ayant un rôle de soldat luttant contres les inégalités, que ce soit raciales, mais aussi sociales ou politiques, mais aussi une face du journaliste luttant contre le mensonge et devenant un révélateur de scandale. Comme le nom l’indique, les news Paper films utilisent une narration afin de mettre en lumière le travail journalistique.

D’Orson Wells avec « Citizen Kane » a « Spotlight » de tom McCarthy en passant par « Batman » de Tim Burton, il est intéressant de constater le nombre impressionnant de film américain traitant du journalisme ou du moins, ayant des protagonistes forts ayant des relations avec le métier de journaliste.  Parmi le nombres importants d’œuvres portant sur le journalisme, de nombreux thèmes se retrouvent dans tous ces films. La relation du journaliste avec le pouvoir, mais aussi avec la vérité en tant que valeur.

Alors que l’on pourrait ne pas s’étonner de voir en 2016 de nombreux films montrant la corruption du journalisme ainsi que son rôle en tant que contre-pouvoir. Il est d’autant plus étonnant que dans de nombreuses œuvres des années 40, s’exprime déjà la nostalgie du « bon » journaliste. Une nostalgie s’exprimant notamment chez Fritz Lang ou Frank Capra.

On retrouve une opposition entre la profession et le journaliste dans son rôle de personne  humaine.

C’est notamment le cas dans « Citizen Kane », film mythique d’Orson Wells qui met en lumières deux protagonistes journalistes : Charles Foster Kane et Jerry Thompson.

1.    La critique de l’objectivité du journaliste, de sa relation avec la vérité et le pouvoir.

« Citizen Kane » d’Orson Wells  (1941)

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« Kane est autant un journaliste qu’un directeur de presse. Il dirige le New Yorker inquirer, célèbre journal qui dénonce les pratiques frauduleuses de grandes firmes américaines.  Comme beaucoup de journalistes, Kane a des rêves, et notamment celui d’une presse sans mensonges. »

            1.1 La relation du journaliste avec le pouvoir

 Kane utilisera malheureusement le journal pour servir des intérêts propre à lui. Il épousera par la suite la nièce du président des USA. Des ambitions naissent ce qui le mènent à  se présenter aux élections (et à trahir son engagement pour le journalisme)  pour devenir gouverneur de l’état de de New York.  La scène des « Unes » traduit les relations qu’ont les journalistes entre la vérité et le pouvoir. Kane prépare deux « unes » de l’Edition du jour après les élections, l’une étant « Kane élu », tandis que l’autre « Votes Truqués »…

            1.2 La relation du journaliste avec la vérité

Le second personnage de Citizen Kane que je développerais ci-dessous, est le personnage de Jerry Thompson.

C’est un journaliste qui, après la mort mystérieuse de Kane dans son manoir de Xanadu, enquêtera sur sa vie.  On y voit la deuxième vision du journalisme, après celle de Kane, une personne asservie, quasiment privé de sa propre liberté qui sert l’ambition du personnage. On note toutefois que malgré la sortie du film en 1941,  Orson Wells propose une vision du journalisme de Kane comme très moderne. L’exemple flagrant est le concept de l’information 24h/24.

Jerry Thompson fait partie d’une rédaction, qui est part les procédés cinématographique de Wells, totalement invisible à l’écran. L’objectif de ne suivre que Thompson dans sa quête de la vérité. La rédaction, n’est elle, représenté que par des voix, des ombres chinoises. Pour ce qui est de Thompson, le fait que Wells filme le personnage de dos, mais aussi en ombre chinoise réduit sa propre vision du journaliste. Un travail de l’ombre plus qu’un métier de spectacle et de divertissement. Une vision qui tant à changer depuis les années 90-00 ou les présentateurs tv, souvent journalistes participe à cette évolution, qui ne plait pas forcement.

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« Hunger Games  La Révolte »  de Francis Lawrence (2014)

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Suite direct d’Hunger Games 2 embrasement, Hunger Games  la révolte partie 1 nous montre la suite du combat de katniss everdeen, gagnante des Hunger Games dans le premier volet de la saga, mais aussi devenu un  étendard d’un combat entre les riches (le Capitol, lieu de désir, de luxure…) et les pauvres (catégorisé en district en fonction de leur aptitudes).  Dans ce troisième film de de la sage, nous retrouvons donc Katniss dans le District 13, district détruit de nombreuses années auparavant, mais ayant survécu dans des infrastructures souterraines, ou ils organisent la rebellion contre le pouvoir totalitaire du président Snow (Donald Sutherland).  Ayant pour thème la lutte des classes, Hunger Games aborde néanmoins le thème du journaliste de propagande.

« Devenue la figure emblématique de la révolution avec pour emblème le « Geai Moqueur », Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence), doit malgré elle rassembler le peuple auprès d’elle.  Pour cela, la présidente du District 13, Alma Coin (Julianne Moore) et son adjoint Plutarch (Phillip Seymour Hoffman) on alors comme objectif de crée de la propagande autour de leur porte étendard. »

1.3 La rébellion et la propagande, contre pouvoir d’un système en chute libre

La vision du journaliste et de sa relation avec le pouvoir est établie, il sera présent pour relaté la vérité, la vrai vérité, celle du peuple qui a faim. Mais aussi à la marginalisation du journaliste  Du moins pour la vision de la rébellion. A travers les 3 protagonistes campant le rôle de journaliste, il est intéressant de s’intéresser à ce qu’il renvoie. Dans l’extrait ci-dessus, nous assistons à la toute première rencontre entre Katniss et les journalistes https://www.youtube.com/watch?v=ioiUeLfFVBM

Mockingjay-cressidacastor

Que ce soit Cressida (Natalie Dormer) ou Castor (Wes Chatham), les deux journalistes représentent  la jeune génération de journalistes. Que ce soit par leurs codes vestimentaires, ou leurs tatouages ou bien par leur idéaux (fuit le gouvernement en place afin d’en dénoncer les faits). Ils représentent cette marginalisation du métier de journaliste et notamment en Afrique du nord, avec notamment la question du traitement vis-à-vis des lanceurs d’alertes.

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Pour Pollux, le second cameraman, sa caractéristique physique, qui est d’être muet, renvoie à deux sujets tout aussi importants : La maltraitance du journaliste et l’idéologie journalistique. Le sujet de la maltraitance est abordé ici par la langue coupée de Pollux. Il a une trace visible de ce qu’un pouvoir peut engendrer à ceux qui sont contre. Quand au deuxième sujet, il renvoie selon moi à ce que le journalisme se doit de faire, les faits et rien que les faits. Les protagonistes auront alors la lourde tache d’accompagner Katniss dans des zones dangereuses, afin d’en faire de la propagande pour les habitants des districts qui hésitent à se rebeller contre l’opposition. Une opposition qui, elle aussi est doté de journaliste, servant à la propagande du pouvoir pré établie.

1.4 La propagande de la peur, symbole du journalisme corrompu

 Alors que dans les épisodes précédents, la télévision retransmettait les Hunger Games, une façon de dénoncer la télé réalité et la manipulation des foules. Ici, les journalistes et l’équipe communication du tyran Snow, utilisent la télévision pour maintenir la peur, les messages de propagande, ou le président Snow, face caméra,  appelle à l’union du district contre le district de la rébellion. Cela démontre le concept de « politique de la peur ». Les medias du gouvernement mettraient en place et de façon inconsciente vis-à-vis des districts, différent type de peur. La peur de l’autre, c’est sortir d’un moule préétablie par quelque chose qui nous surpassent, que nous ne contrôlons pas, être expulsé  de la zone protectrice de la civilité au cœur d’un discours sécuritaire et polissé des médias. La peur du manque, c’est l’appréhension moderne de la pauvreté dans les sociétés riches. Pour les habitants du monde  d’Hunger Games, cela se traduit par les habitant du Capitol, citoyens heureux et riches, qui ignorent  la faim et l’oppression et s’’intéressant à la mode, aux fêtes. Ils s’habillent différemment du reste des districts. Ils se rapprochent dans leurs attitudes à la Rome Antique.

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Ainsi les médias construisent la réalité en la concevant aussi bien grâce à la propagande faite par le gouvernement totalitaire. Ainsi les médias, et plus précisément la fonction du journaliste dans le contrôle du pouvoir, socialise la peur en la diffusant dans l’ environnement politique et social des habitants.

2. Les représentations de medias au cinéma créent-elles ou reflètent-elles les peur collectives ?

 La présence de la peur dans nos maisons est bien réelle. Premier contributeur, les medias, « fournisseur d’accès » a la peur sans limite de débit. La peur imprègne les contenus médiatiques, que ce soit la radio, la télévision ou le cinéma. Car, si le cinéma est aussi un moyen de diffuser le flux de la hantise et du dégout, il a aussi la particularité de dénoncer la représentation des «  médias de la peur ».

« Batman » De Tim Burton (1989)

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« Un mystérieux justicier, déguisé en chauve-souris, sème la terreur parmi les malfrats de la ville de Gotham City, cité du crime. Parmi les malfrats, Carl Grissom, un parrain de la pègre et homme d’affaire sans scrupule découvre sa petite amie au bras de Jack Napier, son bras-droit. Pour ce venger de cette adultère, Grissom tend un piège a son homme de main en propulsant dans les mains de la police ? Napier tombe alors dans une cuve d’acide qui le défigure. Peu après, un nouveau criminel que l’on dit démoniaque, sème la terreur sur la ville. Son nom ? Le Joker… »

2.1 Le medium télévisuel, projecteur de peur.

Dans le Batman de Tim Burton, les représentations des medias reflètent les peurs collectives, devenant une sorte de haut parleur sans queue ni tête, sans réflexion et n’ayant que pour utilité que de répercuter  les nouvelles.

L’apport d’un personnage comme celui du Joker sert astucieusement à la création du reflet de nos peurs collectives. Lors de la séquence ou l’on voit le présentateur TV relatant l’information importante du jour, celle de la cause des empoisonnements dont souffre la ville alors qu’eux même sont atteint. Une façon de révéler la vérité sur nos peurs des apparences, au même titre que les mannequins dans le domaine de la mode, une façon de rendre l’irréel, réel. Ici Nous percevons les présentateurs tv, sans maquillage, complètement nue.

3. Les représentations des journalistes au cinéma, L’antihéros absolu ?

3.1 La presse, ligue des gentlemen ordinaires.

Mais le Batman de Tim Burton propose aussi une autre vision des medias, avec l’apport de personnages travaillant pour une rédaction de presse traditionnelle.

Ici, Burton s’intéresse à deux personnages, Alexander Knox (Robert Wuhl) et Vicky Vale (Kim Bassinger).

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Dans une salle de rédaction bruyante ou s’orchestre un bordel organisé, la représentation de la presse y est représenté sur un ton léger, mais professionnel. Le premier journaliste, Alexander Knox, est un journaliste tenace, et tres réactif à ce qui l’entoure. Il est passionné par son métier, mais aussi par l’argent. La séquence du recueil d’information sur les causes de l’empoisonnement de la ville le démontre, il ne pose qu’une question : « C’est un scoop ? » et la réponse : «c’est un super-scoop ».   Malgré cela, il reste tout de même honnête dans son travail, et quoiqu’il fasse dans une ville ou le crime règne, il ne reste pas moins un homme.  Comme le représente Tim Burton, le journaliste dans Batman est ordinaire, usant du tutoiement dans n’importe quelle circonstance (Rencontre avec Alfred), ainsi à l’exception de Vicky Vale, la photo reporter sublime, les autres journalistes sont sans séduction et sans mystère. Une façon de les rendre attachant.

Le second personnage, Vicky Vale est la photographe, chargé d’enquêter sur Batman. Dans les comics Batman, Vicky Vale est « une femme indépendante, intelligente mais assez crédule. Son travail a beaucoup d’importance dans sa vie ce qui la pousse à prendre parfois des risques. »

Une représentation fidèle dans le film de Tim Burton, tantôt séductrice, tantôt baroudeuse, comme en témoigne les photos de la guerre à « Corto Maltese »

L’importance attribué au journaliste dans « Batman », pourtant peu présent en terme de minutes à l’écran, pose la question du « Héro » dans l’œuvre de Burton. Si Bruce Wayne, de par ses aptitudes et son mépris pour les malfrats, tant a avoir toutes les qualités pour stopper les voyous, les journalistes n’en sont pas moins perçues comme des héros, et leurs qualités que sont la franchise, l’honnêteté ou le respect des autres sont ainsi mises en valeur. Le coté enquêteur, décidant eux même du choix des affaires à traiter, démontrent le penchant justicier des héros silencieux de la ville du crime, alors que les journalistes tv, acteurs et spectateurs d’un flux d’informations impersonnelles et lointains contribuent au climat de peur dans la ville.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Critiqueuse dit :

    Cette analyse est très intéressante! Originale dans l’angle choisi, oui je n’avais jamais regardé ces films sous cet angle! J’y découvre une profondeur inattendue. Vous (tu?) nous livrez une analyse à la fois de notre société et à la fois des films aux-mêmes, je trouve ça très intelligent, n’avais jamais rien vu de tel. Et évidemment ton explication tiens parfaitement la route. Continue ce genre d’articles je suis fan!

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup pour ton avis 😘 cette analyse est a prendre en tant que preambule, ce billet étant utiliser pour la validation de mon Master 1. Jnessaye a travers mes analyses et critique d’approfondir le sujet des films, de se différencier du « blogueur type » cinema et JV. Bref merci pour ton retour 🙂 il faut que je regarde ton blog, a vrai dire je me suis abonne par hasard :))

      Aimé par 1 personne

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