Snowpiercer : Le Transperceneige

2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce vaste monde ambulant, segmenté en différents espaces, règne une stricte hiérarchie de classes : les plus pauvres occupent la queue du convoi( les quetards donc), tandis que les riches vivent dans l’opulence des wagons de tête sous les ordres d’un mentor baptisé Wilford, créateur du train en question. Mais la paix sociale est fragile, les inégalités trop criantes, et bientôt un homme mystérieux déclenche une révolution armée, entraînant les prolétaires à remonter un à un les compartiments pour réclamer justice. 

Bong Joon Ho en seulement 5 films (BARKING DOG, MEMORIES OF MURDER, THE HOST, MOTHER et SNOWPIERCER) s’est fait un nom dans le cinéma coréen : MEMORIES OF MURDER, qui s’attaquait à une affaire de meurtre non élucidée commise par un tueur en série, avait ébranlé les bases du film policier. THE HOST, où l’on voit une créature étrange surgir de la rivière Hangang et s’emparer de Séoul, avait transformé le genre du film de monstres par son ampleur et sa créativité. Après THE HOST, Bong Joon Ho changea complètement de direction pour créer avec MOTHER un univers intimiste qui sonde l’inconscient et la folie de l’esprit humain. MOTHER était un thriller dont le personnage principal est une vieille mère impuissante qui part à la recherche d’un assassin. Des œuvres où le suspense, l’humour, et l’humanité coexistent de manière très singulière.

A l’heure actuel, Bong Joon Ho travaille sur Okja, co- produite par Netflix et co-financé avec la République de Corée. Doté d’un budget de 50 Millions de Dollars ( soit 8 fois plus que Snowpiercer) et d’un casting réunissant Tilda Swinton, Kelly Macdonald, Jake Gyllenhaal, Paul Dano et Bill Nighy. Okja nous narrera l’histoire d’une Coréenne voyageant à New York et s’attachant à un « animal » hors norme. Sortie prévue en 2017.

Dans Snowpiercer, il dépeint un contexte tout en finesse et tranquillité. Pas d’empressement de la part du réalisateur, qui vient accélérer le processus de développement, tout est fait de manière à se boucler en bonne et due forme. Il ne se brusque pas devant un cahier des charges, il le supplante pour imposer son style, sans qu’il y est jamais d’oublis embarrassants ou de procédés trop faciles.

Le cinéaste trouve aussi l’écrin idéal pour son goût des contrastes et des ruptures de ton, chaque nouvel espace visité par les héros prolétaires libérant un nouvel imaginaire. Si le postulat de départ se base sur une révolution bien légitime des passagers de queue de train, la structure narrative va répondre et surtout mieux cerner les protagonistes au fil de leur évolution.

Au premier abord, c’est la lutte des classes qui semble être le sujet du film. On peut voir une certaine critique du capitalisme ou une minorité tire profit des richesses du monde, a travers la nourriture ou l’éducation,  aux dépends de la majorité, les gens entassés à l’arrière du train. La mise en place d’une révolution (une révolution qui peut se voir de différentes forme, symbolique ou réel) . Des événements classiques d’une lutte des classes et un moyen de montrer la cruauté humaine et les inégalités.

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Là ou on pourrait accuser le film de simplicité on se rend bien compte qu’il n’en est rien. En effet, s’il peut sembler manichéen dans son sujet premier, on constate qu’il est novateur dans la manière dont il le traite. Les personnages même s’ils représentent des archétypes (le sage, le leader, le guerrier, la mère…) ne sont en rien stéréotypés. On leur découvre bien vite une forte complexité de telle façon qu’il semble difficile de trouver au film un personnage principal. Malgré cela, le personnage de Curtis, interprété par un Chris Evans qui sort une performance d’acteur de tres grande qualité, est semble t-il LA figure marquante de l’oeuvre de Bong Joon Ho.

La représentation du Leader

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Curtis n’est pas un leader né. Son rôle de leader est suggéré par Gillam sur les ordres de Wilford. Ce qui motive cette désignation est la capacité qu’à eu Curtis à survivre en tuant sans vergogne. Il sera donc capable de supprimer des vies pour la « survie » du train. Il le fait d’ailleurs, puisqu’il préfère laisser Edgar mourir pour continuer la révolution. Lors qu’il renonce a son rôle de leader, et s’affranchi de l’influence de Gillam et Wilford, qu’au contraire il sacrifiera son bras puis sa vie pour protéger des enfants.

Curtis est également loin du héro viril. Il est rongé par la culpabilité, au point qu’il en sanglote quand il raconte son histoire à Nam. Il est facilement manipulable. Il prend la tête parce Gillam le pousse et il est très aisément tenté par Wilford. Enfin, on apprend de ce dont il a été capable pour survivre.

 La representation de la révolution 

il y aurait Trois sens spécifiques de la définition du mot « révolution » au centre de l’œuvre de Bong Joon-Ho. La première, la révolution de la Terre (la rotation autour de son axe), vaste terrain de mésententes qui plante le décor du film. Ont nous expliquent que  le 1er juillet 2014, malgré l’opposition des camps écologistes et de certains pays développés, un consensus planétaire des dirigeants de 79 États amène à libérer dans l’atmosphère un agent refroidissant  pour lutter contre le réchauffement climatique. Trop efficace, il provoque en fait une ère glaciaire durable et mortelle sur l’ensemble du globe.

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À l’intérieur du convoi, la hiérarchie des classes sociales est reproduite selon le prix du billet. Les wagons de tête vivent dans l’opulence : le machiniste en chef Wilford (joué par Ed Harris) et sa conseillère Mason (interprétée par Tilda Swinton) profitent à l’avant, suivis par les voitures de 1ère et 2ème classes. De leur côté, les pauvres et les resquilleurs, parmi lesquels se trouvent Curtis (Chris Evans) et Gilliam (John Hurt), tentent de survivre à l’arrière, entassés dans les wagons de queue. Selon le premier sens de sa définition, la révolution s’incarne à l’écran dans un geste apparemment anodin du personnage de Mason. Il s’agit plus précisément d’une rotation de la main finalisant son discours sur l’ordre, au début du film : « …Nous devons tous occuper la place qui nous était prédestinée…chaque passager dans son compartiment. L’eau qui coule, la chaleur qui réchauffe, tout est expression de la machine sacrée, dans le respect de la place qui lui était prédestinée ». Le mouvement est en fait d’une haute importance, puisque le spectateur apprendra plus tard qu’il est lié directement à la bonne marche du train.

Ainsi, le deuxième sens de la définition du mot « révolution » se retrouve dans cette circulation ininterrompue du train. Étant constamment en mouvement, les repères lié au lieux marquant de la planète remplacent alors les heures et leur système conventionnel. Le « Yekaterina Bridge », marque le passage à l’année suivante  L’impression de tourner en rond n’en est plus une, elle devient réalité.

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 Le « Transperceneige » et ses occupants vivent un éternel recommencement : ils repassent sur les mêmes rails, aux mêmes endroits et le train doit transpercer la glace accumulée aux abords des mêmes tunnels, année après année… Une vie agréable pour les premiers wagons, mais que dire des derniers. Les premiers soulèvements ne tardent pas à apparaître, selon le troisième sens de sa définition.

«Le train est un écosystème complet, dont il faut respecter l’équilibre ».

Le thème de l’insurrection et de revolution revêt une importance considérable dans le dernier film de Bong Joon Ho, puisque le problème de la surpopulation et la notion de gouvernance sont abordés à travers son prisme. Comme le dit le personnage de Wilford dans le film, le train est un « écosystème complet, dont il faut respecter l’équilibre ». Et comment faire pour le maintenir tel quel, à fortiori dans un endroit limité par l’espace ? En régulant sa population. Et c’est là que le film de Bong Joon-Ho prend en partie son sens.

Bien plus qu’une simple transposition des classes sociales marxiennes, « Snowpiercer » aborde plutôt leur transversalité à travers la question des révolutions instrumentalisées. Le spectateur apprend l’échec de plusieurs révolutions entamées et avortées au fil des ans (le soulèvement McKregor, la révolte des 7) qui contribue à maintenir la propagande du pouvoir, en influençant les représentations individuelles des classes supérieures dès le plus jeune âge (Voir ci dessous : La représentation de l’éducation et de la propagande).

Mais le spectateur apprend également que ces révolutions sont fomentées par Wilford, associé au leader de l’opposition issu des classes indigentes (Gilliam), dans le but de réduire drastiquement la population. Dans le film, cette réduction est chiffrée à 74% par le pouvoir et garantie par l’avancement des émeutiers à travers les wagons (plus ils avancent et combattent, plus ils meurent). Mais la révolte se poursuit trop loin, au point que Curtis atteint quasiment seul le premier wagon, celui de Wilford. Ce qui conduit au lien qu’entretient le film avec la gouvernance.

La représentation de l’éducation et de la propagande 

La sequence du wagon – classe scolaire contribue à maintenir la propagande du pouvoir, en influençant les représentations individuelles des classes supérieures aux enfants. Celle-ci rappelle par bien des aspects certains films de Paul Verhoeven, Robocop et surtout Starship Troopers.

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A l’exception faite que dans ces films, les séquences en question étaient des vidéos de propagande. Ici, c’est l’intégralité de la scène et du wagon qui évoquent cette propagande. C’est l’institutrice, une personne vivante, réelle qui incarne cette caricature déshumanisée. Et elle « éduque » les enfants du train comme le ferait une vidéo de propagande, comme le ferait un système dictatorial. Une façon aussi pour le réalisateur de pointé du doigt le fonctionnement scolaire en Corée du sud, pays qui a a également le plus haut taux de scolarisation universitaire au monde. Ce chiffre est surprenant quand on sait qu’il y a 70 ans en Corée du Sud 7 personnes sur 10 ne savaient ni lire ni écrire.

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La représentation de l’alimentation et réflexion sur la nourriture de demain

La production de nourriture est elle-même très intéressante en le fait qu’elle relève très bien beaucoup de faits écologiques méconnus du public mais fondamentaux à toute réforme révolutionnaire de la consommation : écologiquement, la viande est un luxe, quelque chose qui requiert des quantités colossales de végétaux pour être produite (en plus d’être pas toujours géniale à consommer pour la santé), quantités de végétaux qui de façon directe peuvent très aisément nourrir plus de passagers.

On constate qu’il n’existe plus de classe moyenne, l’élite se trouve dans les wagons de tête avec luxe et opulence tandis que les pauvres sont entassés dans les wagons arrière et traités comme du bétail. La population de ce wagon est forcée de se nourrir quotidiennement via des barres hyper protéinées à base de sauterelles broyées.

La responsabilité de l’humain

Toujours selon Wilford, les hommes qui n’ont pas de chef se dévorent entre eux. Ainsi, face au succès inattendu de l’insurrection menée par Curtis et devant le fait accompli, Wilford souhaite en faire son digne successeur. Autrement dit, les dirigeants d’un bout à l’autre du convoi s’entendent sur la stratégie à adopter pour créer des révolutions et les morts qui vont avec. Le tout mené tambour battant par un insurgé utilisé, dont la révolte a soigneusement été planifiée : les armes vides des miliciens au début du film incitent Curtis à la rébellion (alors que des balles réelles font leur apparition plus loin dans le film) ou, plus subtilement, à travers le personnage de Yona, présentée comme une « medium » prédisant le contenu d’un wagon avant que celui-ci ne s’ouvre (l’explication plus plausible serait le fait que Yona aurait participé antérieurement à d’autres révolutions et qu’elle connaisse la teneur des wagons).

Puis, dans un second temps, la volonté de Wilford aurait été de placer Curtis à la tête du train. La boucle de l’instrumentalisation est bouclée (ce qui représente en soi une autre révolution). Encore mieux, Bong Joon-Ho élève l’idée des révolutions instrumentalisées au rang des solutions les « moins pires » de toutes, conférant à « Snowpiercer » autant de nuances qu’il en existe dans la réalité, échappant ainsi aux raisonnements binaires et manichéens.

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Conclusion

Un film déstabilisant, notamment sur la question de la révolution. A quoi sert-elle réellement ? Était elle réellement nécessaire ? peut être que le message du réalisateur est de dire ça.  La fin ne cherche pas à rompre avec toute forme de hiérarchie, elle détruit seulement la hiérarchie établie. Si la fin est ambiguë c’est parce qu’il y a retour a une forme de chaos, rien de plus. Le système de domination a disparu avec ses serviteurs, et on en reste à ce point là de chaos qui est plus ou moins le même qu’avant que les queutards s’organisent. A aucun moment le film ne valorise une issue plus qu’une autre. A aucun moment les queutards n’élaborent une idéologie de ce qu’ils font ou un régime alternatif, ils sont seulement pris dans un devenir révolutionnaire de par l’oppression qu’ils subissent.  Snowpiercer est une réussite. Spectacle solide visuellement riche, personnel, récit captant l’attention, parfois surprenant, mis en scène en dosant ses effets ; une attente dont la satisfaction dépasse largement le plaisir coupable ou la pépite de genre. Efficace et plus intelligent que son synopsis le laisse entendre, voilà l’un des tous meilleurs film de SF des 10 dernières années.

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8 réflexions sur “Snowpiercer : Le Transperceneige

  1. personacn dit :

    J’aurais voulu reliker tellement ton article est brillant !!
    Tu decris avec précision le phénomène politique révolutionnaire. Et j’aurais une question concernant la fin : comment doit-on la voir ? Comme une libération totale pour les dits queutards ou comme l’échec de la domination des wagons de tête ? 🙂

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    • 404 Review avenue dit :

      Ah merci beaucoup cela me touche :)) la fin est complexe dans sa realisation, le fait que le train explose et que 2 personnrs en ressortent, tend a dire que le systeme dictatorial etait la pour une bonne raison malgre le fait que les pauvres restent pauvres, au moins, ils « vivaient » la fin rst tres symnolique. De plus, le fait de voit l’ours blanc, tant a dire que l’homme est peut etre capable de s’adapter au climat… Tant de possibilités ;))

      Aimé par 1 personne

      • personacn dit :

        Ha oui la fin est clairement ouverte ! Je voyais cela comme une reconquête de l’humanité (deux enfants qui survivent, symbole de l’avenir), et une harmonie renouvelle avec la nature (l’ours blanc).
        🙂

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  2. remesiboi dit :

    Nous sommes bien d’accord pour dire que nous avons là un film qui « révolutionne » le genre, tant par sa maîtrise technique que par le fond. Une toile de fond sur crise sociétale et combat de classes qui nous rappelle violemment notre propre situation. C’est probablement ce que nous reconnaissons de notre propre système qui nous met tant mal à l’aise devant ce désormais classique du cinéma de science fiction. Une très bonne critique qui donne envie de découvrir ce film, à ceux qui seraient bien malgré eux passés à coté.

    Aimé par 1 personne

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